DES SECRETS BIEN GARDÉS
Ancien chêne Boppe - 2
Enquête sur la mort du chêne Boppe.
Aux Clos, l’importance du public dégrade fortement le milieu naturel, en piétinant sol au pied des chênes. Victime de ce succès inattendu, la terre autour du Chêne Boppe devient vite imperméable et les pluies ruissellent sans pouvoir pénétrer le sol.
Aussi les forestiers pratiquèrent dès 1901, aux abords directs du Chêne Boppe, à la mi-octobre puis tous les ans, un bêchage méthodique.
Albrecht note: deux ouvriers (concessionnaires) ont bêché sur deux jours le tour du Chêne Boppe).

Crochetage autour des arbres remarquables
Ordre de Mr. Roulleau
(inspecteur adjoint)
Le travail de bêchage dans un rayon de 5 m à 0,40 m de profondeur autour
du chêne Boppe devra toujours être terminé le 20 octobre avant la chute
des feuilles. La clôture sera faite non pas avec des hêtres de sous étage
pris dans les environs, je le défends absolument, mais avec les mêmes
bois que ceux existants; à défaut on en prendra ailleurs.
La clôture et le répandage des feuilles devra toujours être
terminé le 10 avril de chaque année .

Un piétinement au plus près des hanches

Tiens! Encore la famille Bignon de Jupilles

Autre méthode anti-piétinement : la clôture
Pour faciliter l’accès qui se dégrade régulièrement devant l’afflux des visiteurs, le chemin est ragréé dès 1910 et de façon régulière par la suite, et procède à la pose d’une clôture de bois autour du fameux chêne.

Photo Thiollier 1923

Le cycliste au pied donne l’échelle
Un chêne sous perfusion
Le 4 novembre 1929 comptage en brigade des arbres de la parcelle A3 des Clos.
Circonférence trouvée le 26 février 1930 par Mr. Poskin 4,37m. Cette même année, essais de divers engrais.
Le chêne Boppe mesure en 1931 : 4,410m ! Soit 4 cm sur la circonférence ou 12,7 mm sur le diamètre. Un record compte-tenu d’une croissance moyenne en diamètre les dernières années de 4.8mm/an.
Le 16 juillet 1934, Lasnier instruit ainsi son livret:
Vu les quatre auxiliaires au Chêne Boppe - Apport de terre.
Le chêne Boppe aurait-il mal digéré cet apport massif d’engrais et de terre nouvelle ? Toujours est-il qu’il donne des signes évidents de fatigue, ses feuilles étant en plus dévorées d’avril à juin par la tordeuse verte du chêne (Tortrix Viridana ) .
Deux charretiers de l’époque témoignent :
Henri Thénaisie (23 ans en 1934),
se souvenait
« d’avoir été avec une
tonne d’eau attelée, arroser l’arbre.
Peu avant son foudroiement .
Ils ont pioché tout autour et ils
lui avait mis beaucoup d’engrais,
la foudre a fait que l’erreur
a été réparée ».
Maurice Vérité ( 23 ans en 1934)
est plus catégorique:
« Les Auxiliaires avaient mis trop
d’engrais et cela l’a fait crever »
Yves Camisy : se porte aussi témoin à Charge.
Le garde Jouaux (Boussions) avait reçu de son supérieur 200kg de nitrate de chaux, afin de les répandre autour du chêne Boppe (qui déjà donnait des signes de fatigue). Venu les apporter à mon grand-père Fourmentin, celui-ci dit au garde, « donne les moi, mais je n’en mettrais personnellement que 100kg », ce qu’il fit, gardant par devers lui le surplus. Ce n’était pas la première bourde que faisait l’administration dans le coin. Il avait déjà participé à la plantation de mélèzes en sous-étage des chênes, dans la parcelle 225, contigüe au chêne Boppe… Arbres qui ont été coupés quelques années plus tard … À cette époque on tâtonnait et la science progressait doucement…
Le 18 décembre 1934 :
Mort annoncée du Chêne Boppe à l’issue d’un électrochoc.

Ouest-Éclair du 1er janvier 1935

Ouest-Éclair du 9 janvier 1935
L’avis de l’administration :
Potel « l’inspecteur Forestier ‘Légiste’» relate dans le journal de la Société d’Agriculture (Fév.1935)
Les débris de bois provenant de cette formidable blessure, furent projetés jusqu’à 50 ou même 100m et couvrirent le sol autour de l’arbre, à tel point que le lendemain, le garde crut de loin le voir entouré de neige … Je crois qu’au sujet des causes de sa mort on peut conclure sinon à une sorte de congestion à la suite d’une suralimentation, du moins à une influence malheureuse de l’engrais chimique, suivie de l’attaque de la tordeuse qui a déterminé la chute définitive des feuilles, signe d’un arrêt de végétation complet qui en persistant à marqué la mort.
Raymond Viney (inspecteur des Eaux et forêts)
Le Feu Céleste a été envoyé le 18 décembre 1934 sous forme d’orage pour tuer le Chêne Boppe. Vers 15 heures, un coup de tonnerre formidable déchirait l’air et 18 éclairs descendaient du Ciel. Trois frappèrent le Chêne Boppe et secouèrent “les Clos”. Quinze autres foudroyèrent ensemble 15 Chênes voisins des “Clos”.
Le vieux chêne “Boppe” (4m41 de circonférence) est foudroyé.
Le roi est mort…..
Mais le vieux Roi est toujours là,
debout avec sa plaie béante,
et il devra attendre 7 mois avant
que l’on s’occupe de son cas.
Il sera même présent au baptême du
petit nouveau le 14 juillet 1935.
Abatage du chêne Boppe (*)
Le Vendredi 19 Juillet 1935 commence l’ébranchage.
Le garde Leclercq note pour ce jour :
Au chêne Boppe toute la journée pour prises de vues photographiques de son élagage et découpe d’une bille de 10 m de tronc.

L’éhouppement du Boppe à quatre mains
Auguste Ramaugé et un autre éhouppeur, sont en train d’officier à plus de 25m de hauteur. Le collet de l’arbre était tellement gros qu’ils ont dû monter à deux pour l’étêter.
Le samedi 20 juillet,
le matin à la Huberdière pour développement des clichés pris la veille au chêne Boppe.
L’abatage a lieu le 22 juillet.
Guimier aidé de Granier A., de Louis Gaultier et d’autres bûcherons, eurent raison de ce géant que l’on découpa bille par bille. Il ne reste aujourd’hui que le pied de l’arbre d’un diamètre de 1,40 m. Effectivement l’arbre débité en billes et billons est mis à prix 3000 F mais retiré de la vente.
Les cérémonies furent magnifiques pour l’abattage du chêne Boppe et le baptême de son successeur.

Abatage de la grume au godendard

La dernière bille est abattue (photo Leclercq)
l’abatage vient d’avoir lieu. Le chêne Boppe gît à terre, sa souche devant être bientôt sanctuarisée. Les bûcherons Guimier, A. Granier, E. Vannier, A. Ramaugé, Louis Gaultier et Hervé dit “Pape” eurent raison, en un instant, du géant.

Les familles Pie et Ledru au chevet du géant

Les familles Pie et Ledru aux Clos
Quiproquo sur son âge :
275 ans ? - 385 ans ? - 485 ans ?
C’est l’âge du chêne Boppe avancé sur certaines cartes postales (celles ci faisaient état d’un âge approximatif en 1922 de 235 ans + 150 ans= 385 ans : 235 ans étant l’âge supposé du peuplement situé autour du chêne Boppe et 150 ans l’âge auquel celui ci avait été, semble-il, anciennement régénéré.)
Une publication de l’inspecteur Potel concerne l’âge probable du chêne Boppe :

l’âge du Boppe est affiché sur les cartes
La revue des Eaux et forêts de février 1924 relate : Les plus gros de ces arbres sont visiblement d’anciennes réserves du « Tire et Aire » dont l’âge doit donc être d’environ 450 ans.
Pour les forestiers c’est une évidence et personne n’avait auparavant pensé à compter les cernes sur les souches des arbres exploités. (Ils avaient sans doute oublié le rapport de l’inspecteur Roulleau du 30 novembre 1895 qui estimait à 208 ans l’âge des Clos).
Les Clos (1675)
La plus vieille futaie de France (…jusqu’à preuve du contraire !…)
Le 22 juillet 1935
En brigade avec Mr l’inspecteur adjoint, assisté à l’abatage du chêne Boppe. Constaté que cet arbre était âgé approximativement de 260 ans ». (il faut savoir que l’âge a été compté au niveau des rondelles, c’est-à-dire à une hauteur de 1m30).
Ce ne sera donc qu’après l’abatage du chêne Boppe que Potel effectuera auprès de ses pairs et de la société civile, un mea-culpa retentissant de sincérité dans le Bulletin de la Société d’Agriculture de la Sarthe en février 1935 :
…/… Lors de l’abatage, le 22 juillet 1935, le nombre des couches annuelles pouvaient être comptées et mesurées, jusqu’à un centre médullaire ayant 10 mm de diamètre, est précisément de 248, l’arbre a donc un peu plus de 248 ans, mais n’a pas entre 450 et 500 ans comme on le croyait, pour avoir l’âge d’un chêne, on majore en général de 10 à 12 ans, le nombre des couches annuelles pouvant être comptées; Au cas particulier on peut sans doute ajouter d’avantage, peut-être 25 ou 30 ans, ce qui porterait l’âge du Chêne Boppe à environ 275 ans.

Page 26 du cahier affiche de la vente d’octobre 1935
Le garde Lasnier écrit le 22 Octobre 1935 : Suis parti à St.Vincent à la scierie Adet - (Note au sujet du chêne Boppe).
C’est à cet endroit que nous retrouverons notre arbre en 1936.

Ouest-Éclair du 1er juillet 1936
C’est finalement le syndicat des Marchands de bois par l’intermédiaire de son Président Mr. Pasquier (de la Chartre s/le Loir) qui se portera acquéreur de ces vestiges qui n’ont par ailleurs pas trouvé autres preneurs.

A la scierie Adet de Saint-Vincent
La Scierie Adet de St. Vincent, fut chargée de la découpe des billes en planches.
Des meubles (armoires, chambre, bureau), furent réalisés avec le bois du chêne Boppe, et ornent encore l’intérieur de certaines maisons de Saint-Vincent, notamment.
Son sanctuaire :
Les rondelles découpées à la base de la bille de pied, furent données à différents corps constitués. Deux rondelles de sa base, de 1,40 m de diamètre et 0,20 m d’épaisseur, soigneusement cerclées, furent adressées, l’une à l’école forestière de Nancy et par la suite envoyée à l’exposition de 1937, la seconde au musée du Mans. Puis d’autres iront à la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Forestiers à Paris, l’Automobile Club de l’Ouest du Mans. Une rondelle est visible au musée du bois à Jupilles….. Bref, à force de découper des rondelles, la première bille avait vite fait de maigrir d’un bon mètre en longueur.

La souche du Boppe

Dans son sanctuaire crayonné par Melle Letourneur

Son abri en 1959 — photo Calvel
Autres articles concernant les officiers forestiers :
Chêne Roulleau de la Roussière
Inauguration de l’ancien chêne Boppe
Autres articles concernant les chênes remarquables:
Chêne Roulleau de la Roussière
Inauguration de l’ancien chêne Boppe
Bibliographie :
Potel : La vie et la mort en forêt de Bersay, et Le chêne BOPPE,
(Bulletin de la Société d’Agriculture,
Sciences et Arts de la Sarthe, T. LIV, p. 48 et 301)
La Sarthe, des 30 décembre 1934.
Henri Roquet, « les beaux vieux arbres de la Sarthe » (1939-1942)
Documents écrits (ou notes internes) par Raymond Viney. A propos d’une parcelle artistique. Revue forestière française, AgroParisTech, 1950, 12, pp.734-741. ff10.4267/2042/27738ff. ffhal-03380089
Bercé une Forêt d’exception (Y. Gouchet - 2018)